EXPO PHOTOS
FRANCIS KAUFFMANN
“Les fruits du hasard”

Faisant preuve d’une modestie rare, Francis Kauffmann rechigne
habituellement à montrer ses photographies. Jusqu’à aujourd’hui, je ne
connaissais de lui qu’un seul cliché pris à Marrakech. Sur le petit tirage
qu’il m’a gentiment offert, un mystérieux personnage tourne le dos à
l’objectif. On ne voit que ses mains qui se touchent dans son dos et c’est déjà
le début d’une histoire. Cette image m’a immédiatement donné envie d’en voir
d’autres, mais Francis s’est débrouillé pour esquiver toutes mes
sollicitations. Grâce à Alec Boillot et Alex Weisbeck qui ont réussi, je ne
sais comment, à le convaincre d’exposer pour La Vitrine, je découvre enfin
d’autres images de Francis. Tout ce qui le rend si attachant transparaît dans
ces images à la fois documentaires et poétiques. Lui affirme qu’il n’y a aucune
préméditation dans son travail, que ses clichés ne sont que le fruit du hasard.
Comme Bernard Plossu, un autre grand marcheur dont il connaît parfaitement le
travail, Francis n’aime pas s’attarder trop longtemps pour faire un cadrage. Il
préfère photographier à la volée les paysages qu’il traverse, notamment au
Maroc. Sur ses photographies, les personnages sont souvent de dos. Peut-être
pour ne pas risquer de leur voler leur âme ? A moins que ça ne soit de
peur de les déranger ? Si on se doutait que Francis a beaucoup
photographié au cours de ses périples, notamment dans les endroits les plus
isolés, à l’écart de la civilisation, on est plus surpris de découvrir les
clichés qu’il a pris au pied des immenses tours de la Défense. Et pourtant, à
l’entendre, il y retournerait volontiers faire d’autres images très tôt au
petit matin. Pour dénoncer la tristesse du rêve capitaliste ? Pour se
confronter à un monde si éloigné de ses valeurs ? A moins que ça ne soit
pour faire à sa manière ce que faisait merveilleusement Antonioni quand il
filmait la banlieue de Milan dans l’Eclipse ? Car avant de faire de belles
photographies, Francis a beaucoup aimé le cinéma. Il suffit de lui parler de
certains cinéastes, notamment de la Nouvelle Vague, pour voir apparaître une
lueur dans ses yeux. La même lueur illumine peut-être son beau regard à
l’instant où il attrape un reste d’humanité grâce à son appareil photo. Et si
chacune de ses photographies était une image arrêtée du film qu’il nous
montrera peut-être un jour… si on insiste ?
Philippe Schweyer
Exposition visible jusqu'au 31 décembre 2010 aux heures d'ouverture de la Vitrine.
Publié le mardi 7 décembre 2010 par JLW